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Ces politiques qui revendiquent le bon sens, ça m’énerve

posté les 24/09/2025 par Bruno

Ces politiques qui revendiquent le bon sens, ça m’énerve

#Chroniques du quotidien, colères justes et douceurs assumées

posté le 24/09/2025 par Bruno

Il y a des mots qui paraissent anodins, presque rassurants. « Bon sens » en fait partie. Prononcé sur un ton grave ou complice, il vient clore un débat, réduire une question complexe à une évidence prétendument partagée. Mais lorsque les politiques s’en emparent, ce « bon sens » devient une arme rhétorique redoutable – et terriblement agaçante.

Le piège de l’évidence

On nous le sert à toutes les sauces : « Il est de bon sens de protéger nos frontières », « C’est du bon sens de travailler plus pour gagner plus », « Le bon sens veut qu’un couple soit un homme et une femme ». Derrière ces formules apparemment incontestables, il y a surtout une stratégie : éviter la complexité, balayer la contradiction et s’ériger en porte-parole d’une sagesse populaire imaginaire.

Le problème, c’est que ce fameux bon sens est souvent… du sens commun fossilisé. Hier, le bon sens affirmait que la Terre était plate, que les femmes n’avaient rien à faire dans les urnes ou que la fièvre venait des humeurs. Aujourd’hui encore, on nous brandit l’évidence supposée comme un argument politique, alors qu’il ne s’agit que de traditions ou de préjugés.

Une arme populiste

Aux États-Unis, Donald Trump a bâti sa popularité sur le « bon sens » de construire un mur. Au Royaume-Uni, le Brexit a prospéré sur le « bon sens » de « reprendre le contrôle ». En France, Éric Zemmour en a fait un gimmick, Marine Le Pen un credo, et d’autres s’en emparent dès qu’il s’agit de se rapprocher du « peuple ».

Sauf que gouverner un pays n’a rien à voir avec réciter des maximes de café du commerce. Les finances publiques, la transition énergétique, la diplomatie internationale exigent rigueur, expertise, nuances – tout ce que le bon sens abhorre.

Le faux démocratisme du bon sens

On nous dit : « Tout le monde a du bon sens, il suffit d’écouter les gens ». C’est vrai : chacun a une expérience, une perception du réel. Mais en politique, transformer ces impressions en lois ou en décisions collectives suppose autre chose que de se fier à l’intuition. Le « bon sens » devient alors un nivellement : il met sur le même plan l’opinion instantanée et le savoir construit, le préjugé et le fait vérifié.

Résultat : on valorise l’évidence la plus confortable, au détriment de la vérité la plus dérangeante. Un climatologue aura beau démontrer la gravité du réchauffement, il suffira à un candidat d’opposer : « Il a toujours fait chaud en été, c’est du bon sens ! » pour séduire une partie de l’opinion.

Un slogan qui endort la démocratie

Ce qui m’énerve, c’est que l’appel au bon sens n’invite pas à réfléchir, il interdit de penser. Il sonne comme une injonction : « Circulez, y’a rien à débattre ». Il remplace la confrontation des arguments par le confort de l’évidence.

Or, la démocratie vit de la complexité, du désaccord, du dialogue. En brandissant le bon sens comme ultime vérité, les politiques ne parlent pas à notre intelligence, mais à notre paresse intellectuelle. Et si nous acceptons trop longtemps de nous laisser endormir par ce mot magique, c’est notre capacité collective à décider librement qui finira anesthésiée.