Sur la route qui mène de Boston à New York, les bretelles d’autoroute se ressemblent toutes. Fast-foods clonés, malls interchangeables, stations-service calibrées. L’Amérique, ce grand continent des possibles, semble devenue le royaume de l’uniformité. Pour l’Européen en quête de diversité, de contrastes et de mémoire, c’est une douche froide : tout se ressemble, tout s’use vite, tout s’oublie.
Le passé en jachère
À Paris, Rome ou Prague, les pierres parlent, le temps s’accumule, les strates d’histoire s’empilent. Aux États-Unis, le passé est court et la mémoire légère. Ici, on construit vite, on démolit vite, on recommence toujours. Le regard américain est tourné vers demain, et peu importe hier. Pour un Européen nourri de siècles, ce vide historique sonne comme une amnésie organisée.
La tyrannie du rêve
Le fameux American Dream se vit comme une injonction : réussir ou disparaître. Le CV est une carte d’identité, la maison un statut social, le travail une identité. L’équilibre ? Un luxe. En Europe, malgré tout, la réussite se nuance : culture, art de vivre, temps libre comptent encore. Là-bas, on avance, ou on recule. Point final.
Dieu partout
Le visiteur venu de la vieille Europe, sécularisée jusqu’à l’os, ne s’habitue pas à la religion omniprésente. Sermons à la télévision, pasteurs stars, Bible brandie en meeting. « In God we trust » : une devise, mais surtout un mot d’ordre collectif. Ici, croire n’est pas intime, c’est social. L’Européen, lui, préfère la discrétion des croyances.
Le rationnel piétiné
Puis il y a l’Amérique de Trump. Ses dernières sorties rappellent cruellement qu’outre-Atlantique, le rationalisme est devenu une denrée rare. Le climat ? Une lubie de « woke ». Les experts ? Des ennemis. L’écologie ? Une option coûteuse. Quand la première puissance mondiale se détourne de la science et sacrifie la planète au profit immédiat, l’Européen attaché à la raison se sent en exil intellectuel.
La liberté sous condition
Les Américains jurent être les plus libres du monde. Mais derrière le mythe, la réalité mord : deux semaines de congés, pas d’assurance maladie universelle, des campus verrouillés par la peur des armes. Une liberté sous haute tension, où chacun vit l’angoisse du lendemain. L’Europe, malgré ses lourdeurs, offre encore une sécurité sans laquelle la liberté n’est qu’un slogan.
Mémoire contre vitesse
L’Europe fatigue, c’est vrai. Elle doute, se divise, s’enlise parfois. Mais elle garde ce que l’Amérique a perdu : la mémoire longue, la nuance, le goût du temps lent. Ici, les cafés racontent encore des histoires, les paysages gardent des cicatrices, les bibliothèques ne sont pas des musées.
Alors oui, je l’avoue : je n’irai plus aux États-Unis. Parce que ce pays n’est pas seulement un autre continent, c’est un autre monde. Un monde qui me fascine encore, mais où je ne peux plus croire qu’on puisse vivre heureux quand le rationnel s’efface, que la planète s’épuise et que la beauté se standardise.