On pourrait croire que la France vit encore sous un régime capitaliste. Mais regardons les chiffres : un déficit budgétaire supérieur au PIB, des dépenses publiques qui dépassent la moitié de la richesse nationale, et dont la plus grande part est absorbée par la protection sociale. À ce niveau, ce n’est plus l’État qui accompagne l’économie de marché : c’est l’économie qui survit sous perfusion de l’État.
L’héritage d’un capitalisme bureaucratisé
La France illustre à merveille le diagnostic de Schumpeter : le capitalisme, à force de succès passés, s’est mué en une immense machine bureaucratique. Loin des audaces entrepreneuriales qui firent sa force, il s’est figé dans les habitudes administratives, dans les tableaux Excel et dans les comités de direction. Les grands groupes, plus proches d’administrations que d’aventuriers économiques, vivent davantage de subventions, d’exemptions fiscales et de régulations favorables que d’innovation.
L’Assemblée impuissante
À cette inertie s’ajoute une paralysie politique. Une Assemblée morcelée en blocs irréconciliables, un gouvernement incapable de faire voter un budget acceptable : le système institutionnel tourne à vide. Faute de projet clair, on gère le pays comme une entreprise en faillite que l’on maintient artificiellement sous perfusion, sans horizon de croissance.
L’alibi écologique
À ce capitalisme fatigué s’ajoute une écologie punitive qui sert d’alibi à l’immobilisme. Sous couvert de protection de la planète, on multiplie les interdictions, les normes et les principes de précaution. Tout projet devient suspect, chaque initiative est freinée par une avalanche de contraintes réglementaires. L’innovation se retrouve gelée avant même d’avoir pu s’exprimer. Loin d’encourager la transition, cette écologie bureaucratique achève de décourager l’esprit d’entreprise.
Quand l’État devient le capitaliste en chef
La France est ainsi l’illustration parfaite du scénario schumpetérien : un capitalisme qui, saturé de règles et vidé de son dynamisme créatif, appelle lui-même le socialisme. Non pas celui des idéologues révolutionnaires, mais celui des technocrates, des hauts fonctionnaires et des administrations. Un socialisme rampant, sans programme, mais bien réel dans ses effets : redistribution massive, déficits chroniques, fiscalité étouffante et multiplication des normes.
Le risque de l’étouffement
Ce glissement a un prix : plus l’État s’endette pour financer la protection sociale et pour compenser les échecs du marché, moins il investit dans l’avenir – éducation, recherche, innovation. Le capitalisme créatif qui fit la puissance industrielle française a laissé place à un capitalisme d’assistance, où l’on réclame chaque année plus de subventions, plus de régulation, plus de précaution.
👉 En France, le capitalisme ne s’écroule pas : il s’englue dans ses propres contradictions, et l’écologie punitive, en se muant en machine à interdire, achève de figer tout esprit d’innovation. Le socialisme qui s’impose n’a pas eu besoin de vaincre le capitalisme : il est né de son immobilisme.