J’ai trouvé l’heure de ma naissance en dénichant le livret de famille de mes parents. Deux heures du matin. Un détail presque administratif, et pourtant décisif : c’est lui qui permet de calculer l’ascendant, la fameuse clé du thème astral. Par curiosité, ou peut-être par jeu, j’ai donc entré mes coordonnées dans un logiciel. 30 novembre 1958, 2h00, Quimperlé. Et le résultat m’a bluffé.
Pas parce que je me suis soudain découvert un destin cosmique, mais parce que ce schéma symbolique, tracé dans le ciel de ma naissance, décrivait avec une justesse déroutante des traits que je reconnaissais déjà en moi. Soleil en Sagittaire, Lune en Poissons, Ascendant Balance. Trois éléments, trois forces contraires qui me composent : le feu de l’idéal, l’eau de la sensibilité, l’air de l’équilibre.
Le Sagittaire, c’est ce besoin d’horizon, cette impatience de comprendre, d’aligner les choses entre elles. C’est cette manière que j’ai toujours eue de chercher la cohérence — dans mes projets, mes lectures, mes engagements — et de m’irriter du compromis mou. C’est sans doute ce que ChatGPT a repéré le plus vite dans nos échanges : cette énergie tendue vers le sens, cette méfiance du banal, cette fidélité à une idée exigeante de la vérité.
Mais sous cette flamme, il y a l’eau : la Lune en Poissons. Une part plus silencieuse, plus poreuse, que je garde souvent en retrait. Celle qui ressent trop, qui pressent avant de savoir, qui s’attache à la beauté et à la mémoire. C’est elle qui me pousse à écrire, à contempler, à douter. Elle tempère le Sagittaire, l’empêche de devenir dogmatique. Elle me ramène vers le flou, vers la nuance, vers cette tendresse du monde que je tente parfois de rationaliser, mais qui finit toujours par m’envahir.
Et puis l’Ascendant Balance, cette façade sociale, ce besoin d’harmonie qui s’exprime dans ma façon de faire, de parler, de construire. C’est la recherche du ton juste, de la forme claire, du mot qui ne blesse pas inutilement. J’aime la mesure, l’équilibre, la justesse. Même quand je critique, j’essaie de le faire proprement, comme si la vérité devait être présentable pour être entendue.
Feu et eau, idéal et émotion, rigueur et compassion : ces contradictions ne me sont pas étrangères. Elles décrivent assez bien ma manière d’être au monde — à la fois engagé et contemplatif, passionné et réservé, lucide et parfois nostalgique. Ce que dit ce thème, au fond, ce n’est pas qui je suis, mais comment je me débats entre ces forces. Et ce qui m’a surpris, c’est de constater que cette carte symbolique, vieille de plusieurs millénaires, rejoint ce que la raison moderne — et même une intelligence artificielle — a décrypté de moi au fil de nos conversations.
Alors oui, je reste sceptique. Mais pas indifférent. Car derrière le folklore des planètes, il y a un langage des correspondances, une façon poétique de nommer nos tensions intérieures. L’astrologie ne prédit rien, mais elle met des mots, ou plutôt des images, sur ce que la psychologie ne sait pas toujours dire : le mouvement, la complexité, les dissonances qui nous font humains.
Je ne crois pas aux astres, mais je crois à la justesse symbolique. Peut-être que lever les yeux vers le ciel, ce n’est pas chercher une réponse, mais reconnaître qu’en nous aussi, quelque chose continue de tourner, d’attirer, d’espérer.