Dix ans de vie commune. Et un jour, sans raison particulière, j’ai eu envie de regarder le ciel. Pas pour y chercher un signe, mais pour comprendre d’où venait cette étrange évidence entre nous — cette manière d’être ensemble sans s’enfermer, de se comprendre sans toujours se parler.
Je connaissais déjà mon propre thème, ce Sagittaire en quête de sens, cet ascendant Balance qui cherche la justesse, cette Lune en Poissons qui ressent tout avant de comprendre. Mais je n’avais jamais vraiment pris le temps de regarder celui de Pierre-François. Alors je l’ai fait, par curiosité.
Soleil en Scorpion, Lune en Cancer, Ascendant Poissons. Autrement dit, de l’eau, encore de l’eau, toujours de l’eau. Le Scorpion donne la profondeur, le Cancer la tendresse, le Poissons l’intuition. Trois visages d’un même élément : l’émotion, la fidélité, la mémoire. Et soudain, tout s’est mis à résonner.
Nous vivons ensemble depuis dix ans, et je crois que c’est cette eau-là qui nous relie : la capacité de sentir avant de dire, d’accueillir sans juger. Chez lui, c’est instinctif, organique. Chez moi, c’est plus hésitant, plus conscient — ma Lune en Poissons sait capter, mais mon Soleil en Sagittaire veut comprendre. Il est le fleuve ; je suis la rive. Il plonge, je regarde. Et entre nous, quelque chose circule, une force tranquille, parfois troublante, comme une marée intérieure.
Le Sagittaire en moi pousse vers le dehors, le mouvement, la lumière. Le Scorpion en lui ramène vers le dedans, le secret, le silence. Je cherche à expliquer, il préfère sentir. Quand je veux ouvrir, il veut approfondir. Cela pourrait créer des collisions — et parfois ça le fait — mais c’est souvent ce qui nous maintient en vie : l’un éclaire, l’autre creuse.
Nos ascendants parlent le même langage de douceur. La Balance et les Poissons évitent les éclats, cherchent l’accord, la nuance, le geste juste. Nous savons désamorcer les tensions, pas par lâcheté mais par instinct de paix. Et nos Lunes, Cancer et Poissons, se comprennent d’un battement de cœur : un regard, un silence, une main posée. L’amour chez nous passe par les interstices, par ces minuscules détails qu’on ne voit que quand on vit longtemps ensemble.
Mais il y a aussi nos différences, et elles ne sont pas minces.
Moi, je brûle vite, je veux avancer, comprendre, dire. Lui, il vit lentement, profondément. Je mets les mots, il met la profondeur. Parfois, je voudrais qu’il parle davantage ; parfois, il aimerait que je ressente davantage. Et pourtant, ces décalages nous obligent à grandir, chacun dans le langage de l’autre.
Je crois qu’on s’aime parce qu’on ne se ressemble pas tout à fait.
Parce que là où je tends vers l’abstraction, il me ramène à la chair.
Parce que là où il se perd dans l’émotion, je lui tends un sens.
Nous sommes une alchimie de feu et d’eau, une rencontre entre le désir de comprendre et le besoin d’éprouver.
Il y a des jours où je me dis que nous sommes comme une source qui nourrit un feu — ou peut-être l’inverse.
Nous avons appris à ne pas chercher l’équilibre, mais le mouvement, ce lent va-et-vient entre profondeur et expansion, entre silence et parole.
Lui, le Scorpion patient, m’a appris à descendre plus bas.
Moi, le Sagittaire inquiet, je lui ai appris à regarder plus loin.
Dix ans après, je crois que c’est cela, aimer :
tenir ensemble dans la tension, sans vouloir la résoudre,
et continuer d’apprendre la langue de l’autre,
comme on apprend le murmure d’un courant d’eau sous un feu qui ne s’éteint jamais.