Nous vivons une époque où tout semble vaciller : finances publiques, éducation, santé, démographie, écologie, identité. Et pourtant, ce n’est pas un effondrement soudain, mais une lente érosion. La France ne s’effondre pas : elle se défait par petites concessions successives. Chacune paraît raisonnable, mais leur somme dessine un pays épuisé.
Il faut désormais parler clair, sans colère ni nostalgie : remettre la France d’aplomb, c’est admettre ce qui ne fonctionne plus, et oser le dire.
Nous avons vécu à crédit pendant quarante ans. Pas seulement financièrement, mais moralement : en promettant plus que ce que nous pouvions tenir. L’État emprunte pour acheter la paix sociale, les collectivités pour maintenir des structures inutiles, les ménages pour compenser un niveau de vie qui stagne. Résultat : une dépendance généralisée. Le redressement passe par une idée simple : tout ce qui n’est pas productif ou vital doit être reconsidéré. Il ne s’agit pas d’austérité, mais d’honnêteté. Mieux vaut un effort choisi qu’un effondrement subi. La dette n’est pas un problème comptable, c’est une question de dignité nationale.
La France vieillit, se contracte et doute. Nous avons rompu le pacte entre générations : trop de charges sur les actifs, trop peu de perspectives pour les jeunes. Il faut redonner confiance à ceux qui voudraient fonder, transmettre, construire. Politique familiale ambitieuse, logements accessibles, stabilité du travail, fiscalité lisible : ce ne sont pas des privilèges, mais des investissements dans l’avenir. Et pour les plus âgés, la retraite doit redevenir un temps d’utilité, non d’attente. Valoriser la transmission, l’engagement associatif, le mentorat : vieillir utile, au service du lien social.
L’école française est devenue une fabrique d’inégalités et d’ignorance tranquille. Elle n’enseigne plus ce qui structure : la langue, la rigueur, la mémoire, le sens critique. La priorité n’est pas de “réformer le système”, mais de restaurer la mission : instruire, élever, émanciper. Cela suppose de faire confiance aux enseignants, de simplifier les programmes, de redonner à la culture générale la place qu’elle mérite. Former des citoyens, non des consommateurs de diplômes. Sans éducation solide, aucune démocratie ne survit longtemps.
Notre système de santé s’est bureaucratisé à l’excès. On soigne moins qu’on gère. Il faut revenir au cœur du métier : le soin humain, direct, simple. Moins d’administrations, plus de médecins, plus de temps. Une réforme lucide doit accepter que tout ne soit pas gratuit, mais que tout soit juste : priorité à la prévention, à la proximité et à la dignité des soignants.
L’écologie n’est pas une opinion, c’est un devoir de survie. Mais la culpabilisation permanente a remplacé la stratégie. Il faut une écologie de raison, pas de sermon. Investir dans le nucléaire, la rénovation thermique, l’agriculture locale, les transports collectifs efficaces. Arrêter de promettre un “monde vert” et commencer à bâtir une économie soutenable et souveraine. Ce n’est pas une régression : c’est une reconstruction.
La question migratoire ne se résoudra ni par l’angélisme ni par le rejet. Mais la réalité est là : un pays ne peut accueillir plus qu’il n’intègre. Il faut reprendre la main sur les flux, redonner du sens au droit d’asile, imposer des exigences claires en matière de langue, de valeurs et de travail. L’intégration n’est pas un slogan, c’est un contrat réciproque : celui qui vient doit participer, respecter et contribuer.
Le mot “identité” effraie, parce qu’on l’a abandonné aux extrêmes. Pourtant, il désigne une question essentielle : qu’est-ce qui nous relie encore ? Une nation ne tient pas seulement par des lois, mais par une culture, une langue, une manière d’habiter le monde. Retrouver cette cohérence, ce n’est pas se fermer : c’est savoir qui l’on est pour dialoguer sans se dissoudre. Nous avons besoin d’un récit commun, pas d’un folklore ni d’une nostalgie — d’une fierté tranquille.
Il n’y a pas de solution unique, mais une orientation possible : réhabiliter le travail, la transmission, la responsabilité et la mesure. Redonner du poids au réel, au collectif, au long terme. C’est tout le contraire du populisme : non pas flatter les émotions, mais affronter les faits. La France n’a pas besoin d’un grand soir, mais d’un réveil durable. Et cela commence, tout simplement, par cesser de mentir sur notre situation. La lucidité, c’est le début du courage.