Menu de connexion

Du maquillage au voile : deux visages d’un même pouvoir

posté les 30/10/2025 par Bruno vue(s)6

Du maquillage au voile : deux visages d’un même pouvoir

#Vers une philosophie de la création et de la présence

posté le 30/10/2025 par Bruno vue(s)6

Il y a, dans notre modernité, un curieux paradoxe. D’un côté, les femmes occidentales se maquillent, s’exposent, se parent — non pas toujours pour séduire, dit-on, mais pour se plaire à elles-mêmes. Pourtant, dans les codes profonds de notre inconscient collectif, la beauté affichée reste un langage de désir : elle attire, elle capte, elle promet. Le visage fardé est un drapeau tendre levé vers le regard masculin, ou vers celui, plus abstrait, de la société qui juge et compare. Le maquillage, au fond, est un acte de conquête : une manière de dire « je choisis le monde du visible ».

À l’inverse, dans certaines cultures musulmanes, le voile semble traduire le mouvement contraire : cacher pour ne pas susciter. Détourner le regard de l’homme, protéger la femme de la convoitise, voire du monde. Mais ce refus de l’exposition n’est-il pas, lui aussi, une manière de reconnaître le pouvoir du désir masculin ? Se voiler, c’est admettre que le regard de l’autre a du poids — c’est donc le sacraliser, en creux.

Ainsi, les deux modèles s’opposent tout en se répondant : ici, on affirme sa liberté par l’apparence ; là, on la revendique par le retrait. L’Occident célèbre le corps comme expression de soi ; l’islam traditionnel le cache comme mystère sacré. Dans les deux cas, la femme se définit à travers le regard de l’homme — qu’elle cherche à conquérir ou à fuir. Mais peut-être qu’au fond, ni le rouge à lèvres ni le voile ne disent toute la vérité. L’un comme l’autre sont des codes sociaux, des costumes imposés par l’histoire. Et si la véritable liberté consistait non pas à se montrer ou à se cacher, mais à choisir soi-même ce que l’on veut révéler ?

Le plus étrange, c’est que dans le monde animal, la scène est exactement inversée. Là, c’est le mâle qui parade, se colore, chante, danse, exhibe ses plumes ou ses cornes pour séduire la femelle. Le paon fait la roue, le cerf se bat, le rossignol chante — tout un théâtre du désir, bruyant et spectaculaire. La femelle, elle, choisit, observe, sélectionne. C’est elle qui détient le pouvoir du oui ou du non, le privilège du choix.

Chez l’humain, la parure a changé de camp. Dans la plupart des sociétés modernes, c’est la femme qui s’orne, s’expose, s’embellit — et l’homme qui regarde, commente, désire. La sélection sexuelle s’est déplacée du côté du regard masculin. La femme s’est faite spectacle, l’homme spectateur. Mais ce renversement n’est peut-être qu’une illusion : car, même fardée ou voilée, c’est encore la femme qui choisit. Par son apparence, elle signale, invite ou repousse. L’homme croit chasser, mais il est souvent guidé, inconscient, vers le piège du regard.

Le paon déploie ses plumes pour impressionner la femelle ; la femme moderne déploie son image pour dompter le monde. Deux rituels opposés, mais une même logique : celle du désir qui cherche à s’incarner, à se rendre visible — ou invisible. Dans les plumes, le fard ou le voile, c’est toujours la même énigme qui se joue : celle de la beauté comme pouvoir, et du regard comme champ de bataille.